La bibliothèque du XVIIIème siècle

Par Karin Monié. Traduction : Caroline Chevallier

De chaque côté de la façade ouest du manoir, au bord de l’étang, se dressent deux pavillons en forme de cubes, pour ainsi dire, dessinés par Jean Eric Rehn. Ce sont deux témoignages du célèbre Charles De Geer et de ses initiatives culturelles et scientifiques. L’un des édifices abrite une remarquable bibliothèque du XVIIIème siècle, l’autre, un cabinet d’histoire naturelle. Charles De Geer (1720-1778), maître de forge, était non seulement un scientifique et entomologiste de premier rang, mais aussi un bibliophile. Il rassembla une belle et riche bibliothèque, digne d’un gentleman intellectuel européen il y a deux cent cinquante ans. Sa collection contient aujourd’hui plus de 8000 volumes, ainsi qu’un grand nombre de gravures et de partitions.

Charles de Geers bibliotek i Leufsta

La bibliothèque de Leufsta

Charles De Geer passa son enfance et sa jeunesse en Hollande. Il commença très tôt à collectionner les livres, d’abord à Utrecht, puis à Amsterdam, La Haye et Leyde, et il se constitua un précieux réseau de contacts, à une époque où les livres et les journaux n’étaient pas encore aisément accessibles.
Il vint s’installer à Lövsta en 1738-1739 et, là, il continua à être abonné aux dernières revues scientifiques.
Dans sa bibliothèque, arriva toute la production littéraire, principalement de langue française, qui reflétait les idées des Lumières ; on y trouve par exemple l’édition originale de l’Encyclopédie ou dictionnaire raisonné de Diderot et d’Alembert. Il arriva aussi ce qui s’écrivait dans des domaines comme la religion, l’éducation, l’histoire, et des biographies aussi bien que des récits de voyages, de la littérature de fiction, de la musique et des œuvres dramaturgiques.
Charles De Geer avait également des contacts avec Olof Rudbeck fils, de l’université d’Uppsala, et se procura les précieux volumes, coloriés à la main, de la Flore de Rudbeck père et du Livre des Oiseaux. Parmi les œuvres d’une très grande rareté, on compte la première partie imprimée du Campus Elysii de Rudbeck, un ouvrage qui n’existe qu’en deux exemplaires, dont l’un appartient à la collection de Leufsta. Le reste de l’édition disparut dans l’incendie qui ravagea Uppsala en 1702. On trouve bien entendu aussi des œuvres de Linné, parmi lesquelles le Catalogus plantarum rariorum Scaniae, de 1728, et une importante correspondance avec ce dernier.
Un ouvrage des plus remarquables est le traité entomologique de Charles De Geer lui-même, Mémoires pour servir à l’histoire des insectes, sept tomes publiés entre 1752 et 1778. La bibliothèque conserve aussi une imposante collection de gravures, représentant essentiellement les patrimoines artistiques anglais et français.

Interiör från biblioteket

Intérieur de la bibliothèque

A la mort de Charles De Geer en 1778, son fils du même nom, Charles De Geer le jeune, reprit la bibliothèque et l’augmenta d’un millier de volumes – des ouvrages politiques surtout, mais aussi des gravures d’artistes, italiens pour la plupart.
Une bibliothèque plus petite et plus récente, dessinée par Isac Gustaf Clason, fut installée dans le manoir.
Depuis 1986, à la suite d’une heureuse décision de politique culturelle prise dans l’urgence pour les sauver, avec le soutien des Fondations Beijer et Craaford, les collections appartiennent à la Bibliothèque universitaire d’Uppsala. L’édifice, quant à lui, est entretenu par l’Agence Nationale du Bâtiment.
La bibliothèque qui était à l’usage des habitants de la forge, autrefois établie dans l’ancienne école publique et qui proposait un choix ambitieux d’ouvrages, a fait l’objet d’un catalogue en 1901, réédité en 1914.

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Les collections de Leufsta à la bibliothèque universitaire d’Uppsala
Une grande partie des collections d’imprimés, de partitions et de manuscrits provenant de Leufsta est aujourd’hui conservée à la bibliothèque universitaire d’Uppsala. Pour en savoir plus et consulter les catalogues, cliquer ici.