Les Wallons

Par Karin Monié. Traduction: Caroline Chevallier

L’essor spectaculaire de la forge de Lövsta est intimement lié à l’immigration wallonne du XVIIème siècle. Celle-ci n’était pas, comparée aux flux d’aujourd’hui, très importante. Au total, il s’est agi d’une immigration de main-d’oeuvre d’un millier d’individus, arrivés en Suède et dans l’actuelle Finlande principalement par le biais de Louis De Geer, industriel hollandais. Dans l’usine de Louis De Geer dans le Nord de l’Uppland, à Norrköping et Finspång, et dans les environs de Nyköping, ils étaient indissociables de la contrée.

Louis de Geer

Louis De Geer (Archives Royales de Suède)

Lövsta devint l’une des usines wallonnes les plus importantes.
Tout comme De Geer, une nette majorité des Wallons se réclamait de la foi réformée.
Cette immigration est associée à la fabrication du fer et à la production de charbon selon de nouvelles méthodes. C’étaient des forgerons, des charbonniers, des bûcherons, des charretiers, et d’autres. Ils étaient très nombreux à Lövsta et dominaient la vie ouvrière de l’usine. Au cours du XVIIIème siècle, c’est à cette partie de la population que la forge dût son spectaculaire essor.
Ils ne formaient pas la classe moyenne du domaine. Le pasteur, l’instituteur, l’organiste, le chirurgien d’usine, les secrétaires, le trésorier, le chef de cuisine et surtout le gérant avaient rarement des origines wallonnes. Mais le Maître de forge, lui, était d’ascendance néerlandaise. La famille, se considérant comme étant de vieille noblesse européenne, n’était pas soumise aux contingences de la société locale.
Parmi les ouvriers, les forgerons constituaient une classe à part, supérieure. Toute la prospérité de la forge reposait sur leur savoir-faire et leur travail assidu. Longtemps, ils ont parlé français, ou plutôt, ils parlaient un patois wallon. C’était la langue utilisée dans leur métier, et la terminologie, à la forge, conserva ses tournures wallonnes jusqu’au début du XXème siècle. Des mots comme « housette », « goujar », ou « tourneij » sont probablement encore aujourd’hui connus de quelques-uns.

La foi calviniste du Maître de forge et des Wallons influença la configuration de la chapelle, qui se fond parfaitement dans le décor de l’usine, telle qu’elle fut redessinée après le sac des Russes en 1719. La reconstruction fut menée tambour battant. Le plus bel ornement de la chapelle, l’orgue fabriqué par Johan Niclas Cahman, aujourd’hui encore si bien conservé, fut prêt en 1728. A l’intérieur de la chapelle, on trouve une série de bancs disposés de façon perpendiculaire à l’autel, de sorte que ceux qui les occupent sont tournés vers la chaire. On a coutume d’appeller cette partie « le coin des forgerons » ; elle reflète la doctrine calviniste, qui accorde à la parole un rôle primordial dans le culte, plus important que celui de l’autel. L’Eglise luthérienne n’autorisait pourtant pas les services calvinistes.

Le poète et artiste d’Uppland Olof Thunman descendait des Wallons. Son grand-père maternel venait de Lövsta et il a lui-même passé beaucoup de temps dans une petite maison au bord du lac de Sälsjö. Avec romantisme et nostalgie, il a évoqué les derniers forgerons de Lövsta dans des poèmes intitulés « Les Wallons » (« Walloner », Pan spelar, 1919), « Quand le marteau s’est tu », et « Les derniers » (« Där hammarn tystnat » et « De sista », Olandssånger, 1927).

Pendant des siècles, dans les fourneaux ça a flambé.
Pendant des siècles, génération après génération,
assidûment pour le pays, vous avez forgé
l’indispensable fer, en temps de guerre, en temps de paix.

Les grandes roues qui tournent et l’eau écumante,
Chantent encore les disparus,
et les marteaux tombent lourdement
en murmurant : Namur, Liège, Sedan.

Smedja i Leufsta - Pehr Hilleström 1787

Pehr Hilleström : Forge de Leufsta, 1787

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