Un décor du XVIIIème siècle

Par Karin Monié. Traduction: Caroline Chevallier

L’agencement des constructions formant le village de Lövsta est austère ; il n’est pas exagéré de le qualifier ainsi. La Grand Rue qui court d’un bout à l’autre de l’usine est pour ainsi dire rectiligne, délimitée à chaque extrémité par un portail, identique des deux côtés. En arrivant par le Sud, on a le grand parc, le manoir, et les dépendances concentrés sur la droite et démarqués par une haute grille de fer forgé. Sur la gauche se trouvent les logements, la chapelle, l’ancienne échoppe, l’auberge, les bureaux, et la maison de l’administrateur qui, il n’y a pas si longtemps encore, abritait le bureau de poste. Le long des portails partent, en direction de l’Ouest, deux rues perpendiculaires : la rue Sud et la rue Nord. Et au milieu de la Grand Rue, à la hauteur de la chapelle et de l’auberge, partent deux autres rues perpendiculaires, l’une appelée la rue de l’Ouest, et l’autre, sans nom. Ces rues perpendiculaires relient la Grand Rue à la rue du Bétail, beaucoup plus rudimentaire, qui lui est parallèle : une rue étroite réservée aux bêtes et au petit peuple.

Stora gatan för några decennier sedan - Bild från upplandia.se

La Grand Rue il y a quelques décennies – Photo: upplandia.se 

Tout cet environnement est encore fortement imprégné du XVIIIème siècle. Après le sac des Russes lors de la grande guerre du Nord, le vieux Lövsta gisait en ruines, mais fut rapidement reconstruit de fond en combles. L’orangerie, dans le parc du manoir, avait survécu à l’incendie, du moins en partie. Le parc lui-même, le long de la Grand Rue, côté Est, témoigne encore de l’importance que les dirigeants de la forge accordaient à l’horticulture.
La reconstruction resta à peu de choses près fidèle à l’ancien plan, à la différence que les maisons présentaient maintenant leur « flanc » à la rue, et non, comme auparavant, leur façade la plus étroite. Elles furent construites en bois et recouvertes d’un crépi jaune, couleur qui donne son unité à l’ensemble du domaine.
La chapelle fut très vite rebâtie. C’est moins d’une décennie après la grande débâcle que l’orgue majestueux de Johan Niclas Cahman put être inauguré. L’espace religieux, décoré avec parcimonie, est régulièrement utilisé pour des concerts.
On y trouve, à gauche en entrant, le vieux « banc de la honte », parfaitement conservé. C’est un banc entouré d’une haute grille, peinte en gris-bleu. Il était encore utilisé il y a moins de cent ans.
A droite de l’entrée, il y a un ensemble de bancs tournés vers la chaire, placée, elle, sur la gauche. Cet ensemble est souvent appelé « le coin des forgerons » (ceux-ci étaient généralement considérés comme un peu durs d’oreille), mais cette orientation reflète plutôt la conviction calviniste qui fait primer la parole dans le service religieux.
Le manoir fut réédifié sur les fondations de l’ancien, en pierre, suivant le style Charles XII, et avec un toit typique en bardeaux. La façade principale est orientée à l’Est et tourne donc le dos, étrangement, à la Grand Rue et au chemin qui court tout droit vers Sälsjön et ses maisonnettes. L’autre façade, qui donne sur le parc, est ornée d’un blason de grandes dimensions, celui de la famille De Geer, porté par deux lions.
Le nom du maître d’oeuvre ne nous est pas parvenu.

Dans les années 1760, en revanche, c’est à l’architecte Jean-Eric Rehn qu’on fit appel pour des travaux sur le manoir. Il dessina les deux pavillons carrés qui sont au bord de l’eau, et abritent la vieille bibliothèque et le cabinet d’histoire naturelle. Il dessina également l’élégante salle à manger du manoir et la volière du parc.
Le manoir contient aussi des oeuvres picturales intéressantes. Parmi celles-ci, on peut citer la collection de portraits de la famille De Geer, dans la salle à manger, une copie du monumental élan de David Klöcker Ehrenstrahl, datant des années 1680, et une collection de vues de la forge.

Herrgårdens matsal - Bild från Ann-Charlotte Ljungholm, red.

La salle à manger du manoir – Photo: Ann-Charlotte Ljungholm

Au cours du XIXème siècle, dans la conjoncture favorable de l’ère industrielle, une série de changements furent apportés au manoir et au domaine en général. L’architecte Isac Gustaf Clason donna au grand entrepôt un style Renaissance hollandaise, construisit une nouvelle maison pour le comptable de l’usine (l’actuelle auberge), et transforma dans le manoir deux pièces en bibliothèque, dont l’une destinée aux collections géographiques de Carl de Geer.
Pendant cette période, le parc du manoir s’adapta au goût du XIXème siècle, sous l’influence d’Olof Strindberg, maître-horticulteur qualifié et frère de l’écrivain August Strindberg. Ce parc avait beaucoup de succès, notamment pour la splendeur de ses parterres de fleurs, et fut très bien entretenu jusqu’au début de la première guerre mondiale et à la mort du baron Carl de Geer.
Le campanile néo-gothique qui fait face à la chapelle, dans le parc, fut érigé vers 1870.
Dans les années 1960, le paysagiste Walter Bauer redonna au parc un style classique, s’inspirant des agencements en usage vers 1760 et lui donnant l’apparence qu’il a aujourd’hui.
Plusieurs oeuvres d’art, dispersées dans le parc, rappellent l’importance qu’a eue la production du fer : citons par exemple « l’Hommage aux Wallons », d’Herta Hillfons, qui date de 1969.

Trädgårdsmästare Olof Strindberg med anställda. - Bild från avhandling av Josephina Wesström Juhlin

Le maître-jardinier Olof Strindberg avec ses employés – Photo extraite de la thèse de Josephina Wesström Juhlin